Pourquoi penser nutrition ?

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Pourquoi penser nutrition ?

Le constat
Il n’est pas facile, lorsque nous souhaitons changer l’alimentation de notre chien, de nous y retrouver. S’offrent à nous la ration ménagère, le BARF, décliné en « raw feeding » (qui forme un non sens puisque raw feeding ne signifie que « nourriture crue »), prey model, whole prey… Chaque mode d’alimentation ne comporte (presque) que des avantages pour leurs partisans, n’opposant que des contraintes et des aberrations au sujet des autres.

Généralement, on conseille de nourrir en pourcentage de poids vif de l’animal. 2% pour un chien devant perdre du poids, 2.5% pour un poids de forme, et 3% voire plus pour un chien actif ou devant prendre du poids. La ration est répartie de la façon suivante: 45% de viande musculaire, 45% d’os charnu, 5% de foie et 5% d’un autre abat. Les fruits et légumes sont la plupart du temps considérés comme optionnels, voire comme des suppléments. Pour certains le poisson n’est pas toléré, pour d’autres, on peut donner de l’huile exclusivement d’origine animale. Ces pourcentages ne sont pas figés, et ils s’adaptent en fonction des selles de l’animal. Si elles sont trop dures, on baisse le pourcentage d’os, si elles sont trop molles, on l’augmente. On considère que l’équilibre se fait sur la durée  – le « balance overtime »-  et que la diversité fait l’équilibre. De ce fait, il faut donner au moins 3 sources de protéines animales, viandes rouges et viandes blanches, et avec ceci: pas de carences. SURTOUT, ne pas faire cuire. La cuisson rendrait les aliments « morts », sans plus aucune valeur nutritive ou si peu que cela justifie les CMV (compléments minéraux vitaminés) utilisés dans les rations ménagères.

Pourquoi cette approche ?
Parce qu’on oppose le chien au loup. « Dans la nature », le chien ne fait pas cuire sa viande, comme le loup. « Dans la nature », le chien ne va pas pêcher un saumon entier. « Dans la nature », le chien n’a pas un tiroir plein de suppléments pour équilibrer l’animal qu’il viendra de tuer, « Dans la nature », le chien ne va pas labourer un champs de légume ou de céréales… Ce n’est qu’une sélection d’exemples. Et pourtant… dans la nature, les loups meurent plus tôt que les chiens, souvent de maladies ou de malnutrition (1)(2). Les loups ne sont pas domestiqués, n’ont pas évolué au contact de l’homme, n’ont pas été artificiellement sélectionnés, appauvris génétiquement, faisant exploser les scores de consanguinité. Pourtant, raisonner de la sorte donne un sentiment de sécurité. On suppose que ça convient au loup à l’état naturel, alors ça conviendra à son cousin le chien.

Pourquoi les ratios ne sont pas équilibrés ?
Il faut distinguer deux choses. Le poids et l’énergie. Les « gamelles ratios » sont établies en fonction du poids des aliments, alors que l’aliment se mesure en énergie. L’animal, en fonction de son poids, de son activité, de son âge, de son mode de vie, a besoin d’un certain nombre de calories (énergie) quotidiennes. Cela supposerait que tous les besoins énergétiques de tous les chiens seraient égaux, du senior très peu actif, au chiot, en passant par le chien de travail au chien citadin, et surtout, du chihuahua au dogue allemand. Or, il est établit que proportionnellement, les besoins énergétiques des petits chiens sont plus élevés que les grands chiens (3).

Dans ce qu’il est préconisé au sein des modèles ratios, c’est d’adapter en fonction de la tolérance de l’animal ou de ses selles, notamment pour les os, donc le calcium, le phosphore et par conséquent le rapport phospho-calcique. La contradiction intervient quand nous avions à la base un ratio équilibré (45/45/5/5), qu’il faudra alors déséquilibrer si l’animal a des selles trop molles ou trop dures. L’argument opposé à ceci est que le calcium excédentaire est rejeté dans les selles. L’animal se régulerait donc, et serait donc capable de couvrir lui même ses besoins en calcium ? A vous de vous faire votre propre opinion avec les informations disponibles… 

Généralement, les ratios cités plus haut sont déséquilibrés dans les nutriments suivants (4):

  • Vitamine D
  • Vitamine E
  • Manganèse 
  • Équilibre des acides gras
  • Zinc
  • Magnésium

→ L’équilibre sur la durée
Cela peut être vrai, mais nécessiterait de savoir quels nutriments sont utilisés à court, ou moyen terme, et quels sont ceux qui sont stockés par l’animal, combien de temps et dans quel but.

→ « Tout est dans la viande »
C’est le principe selon lequel toutes les vitamines, tous les minéraux, tous les oligo-éléments, tous les nutriments se trouvent exclusivement dans les produits carnés. Le chien est carnivore donc il n’a besoin que de viande. Ce serait tellement plus simple qu’il en soit ainsi… L’espèce que l’on nourrit ne détermine pas ses besoins en aliments. Ou, dit autrement, l’aliment ne définit pas son destinataire. Le chien a des besoins en nutriments qui doivent être apportés par l’alimentation, en considérant en parallèle son besoin en énergie. Parfois, tous ces nutriments ne peuvent pas être apportés par des produits « que le loup trouverait dans la nature ». A titre personnel, j’essaie d’équilibrer au maximum les apports avec « de vrais aliments ». Ce n’est pas toujours possible, c’est la raison pour laquelle il faut parfois avoir recours à des suppléments.

La viande et les abats ne se suffiront jamais à eux seuls.

Le mythe cru VS cuit
Là encore, c’est l’opposition au loup (chien ?) dans la nature qui n’arpente pas la forêt avec sa batterie de casserole et son cuit vapeur. Pour autant, il est commun d’entendre que cuire les ingrédients détruirait tous les nutriments et modifierait la structure des protéines, seul le cru serait digeste pour un chien. C’est faux. Certains chiens ne toléreront pas la viande crue aussi bien que nous le souhaiterions et il faut l’accepter. Si la nourriture cuite était si vide d’éléments nutritifs, nous ne serions pas là pour en parler bien que nous ne fassions pas partie de la même espèce, nous avons globalement besoin des mêmes choses dans des proportions différentes. Pour certains chiens dans certaines pathologies, la viande cuite s’avère plus digeste. 

Aussi, certains aliments sont plus nutritifs cuits que crus, car certains nutriments deviennent plus disponibles après la cuisson. Il convient alors de se demander si nous nourrissons nos chiens pour nos convictions, pour ce qu’ils sont supposés être ou pour leur santé.

Voici un exemple avec le saumon:

saumon cru

100g de saumon cru

saumon cuit

100g de saumon cuit

Alors finalement, pourquoi penser nutrition ?
Comme répété plusieurs fois, rien n’est condamnable définitivement, car tout part d’une bonne intention. C’est également la raison pour laquelle il convient de rester ouvert à toutes les possibilités, et surtout à toutes les évolutions. 

Je considère au regard de mon expérience au cours de laquelle j’ai aussi fait des erreurs, ainsi que de mes lectures, documentations et recommandations, que « penser nutrition » est une façon juste de penser l’alimentation de son chien. Beaucoup vous diront qu’il ne s’agit « que » de nourrir un chien, pas de faire math’sup. Certes. Pour autant, la nutrition est une science.

  • Savoir ce dont votre chien a besoin, et y répondre vous permettra d’anticiper d’éventuels problèmes de santé en relation avec l’alimentation, avant qu’ils n’apparaissent sur une prise de sang quand il est souvent trop tard (je parle ici d’une biochimie de routine).
  • Les gens se plaignent souvent du scepticisme des vétérinaires quant à l’alimentation crue. Voila donc un bon moyen de leur prouver que tous les besoins sont couverts, que vous maîtrisez votre sujet, et d’avancer sur une relation de confiance.
  • Votre organisation sera simplifiée. Vous n’aurez pas besoin de vous demander si votre « équilibre au long terme » est respecté, car une fois que vous aurez élaboré une ration équilibrée, à moins d’un changement majeur (convalescence, maladie, stade de vie) vous pourrez anticiper, préparer, et servir en toute sérénité.
  • Last but not least, maîtriser au lieu de supposer ainsi que connaître les besoins de votre chien vous permettront de répondre à ce que nous cherchons tous : le bien-être et la santé.

(3) NRC 2006
(4) Evaluation RFN